Le compte à rebours est lancé. La mission Crew-12 emporte avec elle les espoirs d'une nouvelle génération et la première astronaute française depuis 20 ans.
Sommaire
La relève tricolore est assurée
C’est un moment que les passionnés d’espace attendaient avec une impatience fébrile. Depuis le retour sur Terre de Thomas Pesquet, une question flottait dans l'air, presque palpable lors des conférences de presse de l'Agence Spatiale Européenne (ESA) : « À qui le tour ? ». La réponse a désormais un visage, un nom et une combinaison spatiale ajustée sur mesure : Sophie Adenot. L’astronaute française s'apprête à marquer l'histoire en prenant place à bord de la capsule Crew Dragon pour la mission Crew-12.
Ce départ imminent vers la Station Spatiale Internationale (ISS) n'est pas qu'une simple rotation d'équipage. C'est un symbole puissant. Il incarne la continuité de l'excellence française dans le domaine spatial, un sujet que nous abordions en profondeur dans notre dossier sur l'histoire et le futur de la France dans l'espace. Mais c'est aussi le début d'une nouvelle ère : celle de la génération "Artemis", ces astronautes sélectionnés non seulement pour l'orbite basse, mais avec la Lune en ligne de mire.
De l'hélicoptère de combat à la capsule Dragon
Si Thomas Pesquet était un pilote de ligne au calme olympien, Sophie Adenot apporte une énergie différente, forgée dans le creuset de l'action militaire. Lieutenant-colonel de l'Armée de l'Air et de l'Espace, elle a été la première femme pilote d'essai d'hélicoptères en France. Ce détail est loin d'être anecdotique. Piloter un hélicoptère, machine intrinsèquement instable, demande une coordination psychomotrice exceptionnelle et une capacité de gestion du stress hors norme. Des qualités vitales quand on est sanglé au sommet d'une fusée Falcon 9 remplie de centaines de tonnes de kérosène et d'oxygène liquide.
Sélectionnée en 2022 parmi plus de 22 500 candidats, Sophie Adenot a franchi les étapes avec une rapidité fulgurante. À peine diplômée de son "Basic Training" à Cologne, la voilà propulsée vers une mission longue durée. C'est un signe de la confiance absolue que l'ESA et la NASA placent en elle. Elle ne part pas faire de la figuration : à bord de l'ISS, elle aura la lourde tâche d'opérer des systèmes critiques et de mener des expériences scientifiques de pointe.
Au cœur de la mission Crew-12
La mission Crew-12 s'inscrit dans la routine bien huilée des rotations commerciales de la NASA, mais pour l'équipage, chaque lancement reste une première fois. Aux côtés de ses collègues américains (et potentiellement un cosmonaute russe ou un partenaire international), Sophie Adenot va vivre les "8 minutes et 48 secondes" les plus intenses de sa vie : le temps nécessaire pour s'arracher à la gravité terrestre et atteindre la vitesse de libération.
Le rituel du décollage : Falcon 9 et Dragon
Le jour J, au Centre Spatial Kennedy en Floride, le rituel sera immuable. L'enfilage de la combinaison futuriste de SpaceX, le trajet en Tesla vers le pas de tir 39A (celui-là même d'où sont partis les hommes d'Apollo vers la Lune), et l'ascenseur vers le sommet de la tour. Une fois installée dans la capsule Dragon, baptisée Endurance ou Freedom selon la rotation, Sophie Adenot passera en mode "pilote système".
Bien que la capsule soit largement automatisée, l'équipage doit être prêt à reprendre les commandes manuelles à la moindre anomalie. C'est ici que l'expérience de pilote d'essai de Sophie prend tout son sens. Surveiller la télémétrie, anticiper les pannes, communiquer avec le sol : c'est une symphonie technique où aucune fausse note n'est permise.
Neuf mois en apesanteur : Le défi quotidien
Une fois l'amarrage réussi à l'ISS, la mission commence véritablement. Vivre neuf mois dans un espace confiné (durée confirmée par l’ESA récemment !), flottant à 400 km au-dessus de nos têtes, est une épreuve physique et psychologique. Le corps humain n'est pas fait pour l'espace : les os se décalcifient, les muscles s'atrophient, la vision change. Comme nous l'avons détaillé dans notre article sur les défis médicaux des voyages spatiaux, l'exercice physique quotidien (2h par jour) sera non-négociable pour Sophie Adenot si elle veut revenir sur Terre en marchant.
La science avant tout
Ne nous y trompons pas : Sophie Adenot ne va pas là-haut pour admirer la vue depuis la Cupola, aussi magnifique soit-elle. Elle est avant tout une scientifique embarquée. L'ISS est un laboratoire unique en son genre, le seul endroit où l'on peut supprimer une variable fondamentale de la physique : la pesanteur.
Les secrets du laboratoire Columbus
L'essentiel de son travail se déroulera dans le module européen Columbus. Le programme scientifique de sa mission est dense. Elle travaillera sur la physique des fluides (comment les liquides se comportent sans gravité, crucial pour les réservoirs des futurs vaisseaux), sur la science des matériaux (créer des alliages impossibles à fondre sur Terre) et surtout sur la biologie.
Des expériences sur le vieillissement cellulaire accéléré en microgravité pourraient nous donner des clés pour lutter contre des maladies comme l'ostéoporose ou Alzheimer sur Terre. C'est la beauté de la recherche spatiale : on part explorer les étoiles, et on revient avec des solutions pour améliorer la vie sur le plancher des vaches.
Préparer le saut vers la Lune
Enfin, cette mission Crew-12 a une saveur particulière. Elle se déroule à l'aube du retour de l'humanité sur la Lune avec le programme Artemis. Chaque expérience menée, chaque système de survie testé par Sophie Adenot et son équipage servira à préparer les missions lunaires de longue durée. D'ailleurs, comme nous l'expliquions à propos d'Artemis II, les astronautes européens auront bientôt leurs places pour orbiter autour de la Lune. Sophie Adenot fait partie de cette "short-list" de candidats potentiels pour fouler un jour le régolite lunaire.
Pour l'heure, tous les regards sont tournés vers la Floride. La fusée est sur le pas de tir. Sophie Adenot est prête. Et avec elle, c'est toute une nation qui retient son souffle, prête à regarder, une fois de plus, vers le haut.
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