Pendant des millénaires, nous avons regardé le ciel en silence. Aujourd'hui, grâce aux ondes gravitationnelles, nous pouvons enfin l'entendre chanter.
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Fermez les yeux un instant. Imaginez que vous êtes seul, la nuit, au milieu de l'océan. Vous ne voyez rien, l'obscurité est totale. Pourtant, vous savez qu'il se passe quelque chose au loin. Comment ? Vous sentez la houle. Une vague invisible soulève votre bateau, passe, et continue sa route. L'Univers, c'est exactement ça. Et ces vagues invisibles qui traversent tout sur leur passage, même vous, ce sont les ondes gravitationnelles.
L'Univers n'est pas vide (et il est élastique !)
Le rêve fou d'Einstein
Pour comprendre cette magie, il faut remonter à 1916. Alors que le monde est en guerre, un homme dans un bureau à Berlin vient de changer notre vision du réel. Albert Einstein nous dit : "Arrêtez de penser que l'espace est une boîte vide et rigide".
Selon lui, l'espace et le temps sont liés en un tissu souple, une sorte de "nappe" cosmique. Et comme toute nappe, elle peut se froisser, se courber et même vibrer. Le problème ? Einstein lui-même pensait que ces vibrations seraient si infimes, si ridicules, que l'Humanité ne serait jamais capable de les détecter. Heureusement pour nous, même les génies se trompent parfois.
L'analogie du trampoline
Visualisez un trampoline géant. Si vous posez une boule de bowling au centre (le Soleil), la toile s'enfonce. Si vous lancez une bille (la Terre), elle va tourner autour du creux. C'est ça, la gravité. Ce n'est pas une force invisible, c'est juste la forme de la toile.
Maintenant, imaginez le chaos. Prenez deux objets ultra-denses, comme des trous noirs de la masse de 30 soleils, et faites-les tourner l'un autour de l'autre à une vitesse folle, juste avant qu'ils ne se percutent. Ils ne se contentent pas de courber la toile : ils la martèlent. Ils créent des ondulations qui partent dans toutes les directions à la vitesse de la lumière. Ces rides de l'espace-temps voyagent pendant des milliards d'années, traversent les galaxies, et finissent par traverser la Terre... et votre corps, en ce moment même.
Capter un murmure à des années-lumière
La fin du cinéma muet
Jusqu'en 2015, l'astronomie, c'était comme regarder un film sans le son. Nous avions des télescopes incroyables (comme le récent James Webb) pour "voir" la lumière, les rayons X, l'infrarouge. Mais l'Univers restait silencieux.
Les ondes gravitationnelles ont tout changé. Elles ne sont pas de la lumière. Elles sont littéralement la vibration de la structure de l'univers. En les captant, nous avons activé les haut-parleurs. Nous sommes passés du cinéma muet au Dolby Surround. Nous pouvons désormais "entendre" des événements qui ne produisent aucune lumière, comme deux trous noirs qui s'embrassent dans le noir absolu.
LIGO : L'oreille absolue
Mais comment capter une vibration qui, après avoir voyagé un milliard d'années, est devenue plus petite qu'un milliardième de la taille d'un atome ? C'est là que l'ingéniosité humaine devient vertigineuse.
Nous avons construit des "oreilles" géantes : les détecteurs LIGO (USA) et Virgo (Europe). Ce sont des tunnels de 4 kilomètres de long en forme de L. On y tire des lasers. Quand une onde gravitationnelle passe, elle étire un bras du tunnel et raccourcit l'autre d'une distance inimaginablement petite.
Pour vous donner une idée de la précision : c'est comme si on essayait de mesurer la distance entre la Terre et l'étoile la plus proche (Proxima du Centaure), et qu'on arrivait à détecter une variation de l'épaisseur d'un cheveu humain. C'est la mesure la plus précise jamais réalisée par notre espèce.
Ce que nous avons entendu
Le chant du cygne des géants
Le 14 septembre 2015, tout a basculé. Un signal est arrivé sur Terre. Il a duré une fraction de seconde. Converti en son, il a fait un petit "Woup". C'était le cri final de deux trous noirs fusionnant il y a 1,3 milliard d'années.
Ce petit "Woup" contenait plus d'énergie que toutes les étoiles de l'Univers réunies à cet instant précis. Depuis, nous avons entendu des dizaines de fusions, des collisions d'étoiles à neutrons (qui fabriquent l'or de vos bijoux !) et nous commençons à peine à déchiffrer les secrets de la matière noire cachée dans ces signaux.
Écouter le premier cri du Big Bang
L'histoire ne fait que commencer. Demain, nous enverrons des détecteurs directement dans l'espace (mission LISA). Loin du bruit de la Terre (les camions, les vagues, les séismes), ces observatoires spatiaux pourront écouter des fréquences plus basses, plus profondes.
Le but ultime ? Entendre le "bruit de fond" gravitationnel. C'est-à-dire les ondes émises lors des toutes premières fractions de seconde après le Big Bang. Si nous y parvenons, nous pourrons "voir" (ou plutôt entendre) la naissance de l'Univers bien avant l'apparition de la première étoile. Nous allons enfin savoir comment la pièce de théâtre a commencé.
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